témoignages stuck inside portrait covid-19 takephotosandsayyeah

Nous sommes Violaine et Christophe, photographes en France, actuellement en confinement. Dans le contexte du coronavirus, nous réalisons un projet photo intitulé Stuck Inside Portrait.

Une série photo réalisée dans le cadre du confinement pour témoigner de cet évènement qui nous touche tou.te.s.

Mettre en lumière des personnes, raconter des histoires, laisser la parole aux autres, faire voyager, s’évader du quotidien pour découvrir l’avis et la vie de autres via l’image mais également les mots. Pour recueillir des témoignages : des portraits de confinés ou de personnes qui font face à la crise sanitaire sur le terrain.

Concrètement : un portrait photo réalisé pendant une discussion sur Whatapps ou Facetime et un témoignage écrit, positif ou négatif mais surtout sincère, du ressenti du sujet face à cette situation.

Vous souhaitez participer, envoyez-nous un mail à contact@takephotosandsayyeah.com, nous vous indiqueront la marche à suivre.

Bonne lecture et prenez soin de vous !

Stuck Inside Portraits
Portrait photo & témoignages de confinés

Nathalie – Drôme.
Mes ressentis sur le confinement, au 7 mai 2020.

«Le confinement, on ne m’a pas laisser le choix vu l’état de mes poumons mais je l’ai accepté. J’aurais pu dire NON mais cela m’a fait peur et vous savez quoi pas pour moi (il est vrai quand même que j’ai pas envie de passer de vie à trépas) mais finalement pour ma petite fille qui si maman s’en va et ben hop la Dass interviendra. Même si ma fille a le plus sympa des beaux papas, même si je jongle entre notaire et avocat. Bref la vérité quand elle te chope ben ça fait mal… Égoïstement parlant de mes petits poumons j’en ai fait la nique ! Ben oui, je m’époumone depuis maintenant 6 ans dans un groupe que je chéri et que j’adule que sont Les Nyx. Ben ouais nous sommes de petites choses dans le monde du spectacle mais nous avons toujours été là et c’est vraiment un challenge pour moi. Avec le confinement, plus de repet, plus de contact mais bon dieu l’envie reste intact. Le confinement, ça fait se poser des questions, de quoi, d’où, qui? Finalement beaucoup de blablabla qui finit dans mon esprit par un « Je m’en branle » Je m’en branle de savoir d’où ça vient, si l’Etat fait ce qu’il faut etc… etc… Tout ça pour vous dire à tous que j’ai envie de vivre, de voir ma fille grandir et comme dit mon infirmière (qui vient tous les 15 jours… purée mais elle s’incruste la Isa (bises à toi)) elle me dit « t’as pas le choix, toi et tes petits poumons y’a pas le choix ». Alors je respecte ce choix pour moi et mes miens. Pour continuer à chanter (à gueuler comme dirais certains…). Ben oui, c’est une maman qui parle du confinement, je ne laisserais pas mes enfants au nom de l’économie, ni ma santé, ni ma voix. C’est vrai j’ai de la chance de vivre à la campagne, d’être entourée, d’avoir des bestioles à m’occuper mais jamais je ne laisserais guider ma vie par une économie, par un état qui finalement ne vois pas plus loin que son nombril, qui accepte que la moindre denrée en supermarché soit augmentée, que les masques soient à vendre… Je veux vivre, pas être intubée et mourir comme ma grand-mère, je veux vivre pour chanter, je veux vivre pour enfin voir ce que j’espère : une autre humanité ou une humanité qui accepte d’être enfin elle même. Soyons humains!»

témoignage covid-19 takephotosandsayyeah
témoignage covid-19 takephotosandsayyeah

Cyril – Brisbane.
Podcast overlanders.fr
Mes ressentis sur le confinement, au 3 mai 2020.

«Nous voyagions en famille en Amérique du Sud quand nous avons dû rentrer chez nous en Australie (nous vivons à Brisbane depuis 2011). En fait le jour où nous sommes partis d’Australie les journaux commençaient à parler du Covid, mais jamais on n’aurait pu imaginer que cela nous ferait revenir. Nous étions dans le sud de l’Argentine quand nous avons dû remonter dans le Nord du pays. On a abandonné notre 4×4 chez l’ami d’une amie à qui nous avons fait dû faire confiance. Bariloche, Buenos Aires, Santiago… plusieurs avions et plusieurs jours plus tard on finissait par atterrir à Brisbane très soulagés. Puis c’est la quarantaine. Quatorze jours dans un hôtel sans sortir, à chercher notre prochain logement, à réfléchir où les enfants pourraient aller à l’école, à essayer de se faire livrer de quoi manger, à contacter des personnes pour un travail, à se réhabituer à Brisbane sans pour autant y être puisque dans un espace qui pourrait être n’importe où sur terre. J’ai donc profité du temps libre imposé pour créer le podcast qui me trottait dans la tête depuis pas mal de temps. Je faisais déjà un peu de radio dans une station locale multicommunautaire dans laquelle les langues changent toutes les heures. Je me suis installé dans la salle de bain, mis des serviettes partout pour avoir un son acceptable, j’ai branché le micro, préparé une trame et j’ai commencé les interviews. Le podcast Histoires d’Overlanders était né. Tout est allé très vite. Toutes les personnes que j’ai approchées ont aimé l’idée et m’ont dit oui. Marine et Damien de Pieds et Pattes liés étaient dans les premiers à me faire confiance, ils m’ont permis de démarrer. Maintenant je ne rêve plus que d’une chose : repartir rencontrer les habitants du monde, pouvoir serrer des mains et faire des accolades. De nouveau. »

Stéphanie – Clown en milieu de soins – Grenoble.
Mon confinement au 3 mai 2020.

Quel voyage émotionnel ce confinement !
Evidemment j’y ai trouvé du positif. Parfois on me dit que je suis une optimiste pathologique. Alors évidemment dit comme ça on m’imagine confinée et toujours positive. Bon. Et bien non. Ça ne s’est évidemment pas passé tous les jours comme ça…(rires)

Il y a eu l’avant confinement…Et je crois que ça compte autant que le reste. Finalement ça n’est pas rien une angoisse qui monte comme ça et qui amène à vivre un moment de science-fiction, littéralement…
Les échos d’une maladie venue d’Asie, ayant passé nos frontières, un cas en France est déclaré. J’ai ri, je me suis moquée des inquiets et affolés, j’ai raconté à qui voulait bien m’écouter l’époque de la grippe aviaire où je voyageais dans les transports en commun en Asie entre bagages et volailles. Même pas mal. Chacun gère ses angoisses comme il peut… Je n’avais pas envie d’entendre. Là.

Puis, dans le cadre de mon boulot, est venu le jour d’une réunion de bilan de projet dans un des établissements accueillant des adultes en situation de handicap, où nous intervenons. Nous sommes clowns professionnels en milieu de soins et plus particulièrement en milieu de handicap et quelques Ehpads.
C’était le 02/03. J’avais une toux terrible, une toux grasse, un rhume affreux. En réunion, la chef de service me fait quelques remarques, exige que je jette mon mouchoir immédiatement après usage, me demande de me passer les mains à l’alcool, me dit « Vous ne savez pas si vous l’avez », et fusille du regard une des professionnels assise en bout de table, affublée d’un masque car son mari rentre d’Italie, et qui vient de toucher ledit masque… J’avoue l’avoir trouvé pénible, je me suis moquée…
J’ai fait des blagues, c’est mon métier.
Mon métier c’est aussi de respecter les protocoles d’hygiène.
Là, visiblement, je ne voulais pas entendre…
Dès le lundi 09/03 les annonces d’annulation de nos contrats pleuvent, je ne réalise toujours pas. Je prends ça à la légère, je m’accroche à l’idée que ce sera très très provisoire et que les cours eux, vont continuer. Qu’on peut s’adapter à tout, s’adapter, on sait faire. Quand un mail d’une des chefs de service d’un des établissements où on intervient nous arrive, nous annonçant qu’on ne pourra tourner notre vidéo promotionnelle qu’en Juin à cause du « COVID-19 », je suis obligée d’aller voir ce qu’est que ce « COVID-19 » sur internet. J’avais compris que c’était le nom d’une de leur procédure interne… Voilà, voilà…

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Pourtant je suis plutôt du genre rapide en général…
Le mercredi 11/03 suivant un atelier clown que je donne avec des femmes SDF et qui est habituellement bien suivi, est cette fois ci annulé faute de participante. Où sont-elles ? C’est curieux, ça n’est pas dans leurs habitudes. L’éduc qui les accompagne fait l’hypothèse de la peur du virus. Le vidéaste qui bosse avec moi sur ce projet est là. Il est Italien. Il me raconte le confinement de ses parents, les queues au supermarché, les masques, la peur.
Je commence à tendre une oreille, mi inquiète, mi étonnée de ce fracas autour de… quoi au juste ? Finalement je ne me suis pas bien renseignée…
Je suis de celles qui pense que suivre les infos me fait plus de mal que de bien et que de ne pas les suivre ne va rien changer au cours de la planète. Au contraire, sans elles je vais rester positive, ce qui fera plus de bien au monde.
Seulement les « gros trucs » nous rattrapent toujours.
Jeudi 12 je me vois annoncer à ma fille qu’elle n’ira pas au collège lundi. On rigole, c’est la fête, « plus de collège », dit-elle. J’aime mieux rire avec elle que de m’inquiéter alors je crois que j’oublie de m’inquiéter. A tort. Mon sac émotionnel se charge, la prise de conscience s’annonce tardive et douloureuse…
Vendredi 13/03 je comprends encore à peine l’ampleur du problème quand des partenaires me demandent si je maintiens ou pas nos cours de clown la semaine suivante et que je me vois écrire un mail demandant à mes élèves de venir en respectant les gestes barrière.Je rassure les autres intervenants de la Cie, je suis tranquille, tout le monde se tourne vers moi. Je dédramatise… Toujours pas de signe d’inquiétude.
Quoi de plus rassurant que d’être celle qui rassure ?…
Le week-end suivant nous voyons plein d’amis, nous nous promenons avec beaucoup d’autres Grenoblois. Le nez ?
Mais la semaine suivante c’est le fameux lundi 16/03. Ma mère m’appelle, c’est Miss « je m’affole pour rien ». Elle m’annonce que ma sœur, principale d’établissement du secondaire, l’a appelée. L’éducation nationale a été prévenue. Le président de la république prendra la parole ce soir pour annoncer un confinement de 15 jours, il est même question de couvre feux.
Je suis au bureau. A la Bifurk. J’ai beau connaître le goût du drame de ma mère, celle-ci a un effet radical sur moi. Je ne me sens plus capable de distance. Une angoisse me court le long des veines. J’ai froid. Ma fille est à la maison. Je tente de télécharger les données de l’ordi du bureau sur une clé USB, je n’y arrive pas, je panique, j’appelle mon mec pour qu’il vienne prendre l’ordi et l’amener à la maison, qu’il fasse des courses, qu’il rassure la petite, qu’il me rassure, qu’il creuse un tunnel stérile entre la maison et la Bifurk, qu’il, qu’il… Ça y est, le virus est là, j’ose à peine respirer, et moi, sans demi-mesure, je le vois de partout. Affolée, je déboule comme une folle dans la cuisine collective de la Bifurk, pour annoncer le confinement, l’annonce du président, ma sœur, le virus, tout ça… Tout le monde me regarde. Amusé. Ils ont un sourire gentil. Visiblement même sans une sœur dans l’éducation nationale, tout le monde avait compris. Sauf moi….
Le ridicule ne tue pas. J’ai l’habitude, c’est mon métier… (rires)
Une amie-collègue me demande de l’attendre au bureau. Elle a besoin qu’on se voie, elle me rejoint. L’ordi est embarqué, les dossiers aussi. On reste dehors, à parler, longtemps. Comme pour profiter des derniers moments. On ne sait pas quand est ce qu’on va se revoir… Les cerveaux s’affolent. On ne parle que de ça, chacun à sa manière, chacun avec ce qu’il a compris.
Chacun gère son angoisse comme il peut…
Certains veulent prendre les armes face à la pénurie de PQ et de pâtes, d’autres rejouent quelques scènes de Walking Dead, d’autres tentent d’être plus pragmatiques…
On se quitte en rigolant : « à dans un an » … Au fond personne n’a envie de rire…
Quid des intermittents du spectacle, quid de l’économie des structures qui nous emploient, quid de nos métiers qu’on aime tant ? C’est le premier pas vers une succession d’inconnues…
Chacun gère son angoisse comme il peut….Et c’est pas fini…

Et le confinement commence. Une longue période étrange… Où je pense avoir traversé à peu près toutes les émotions… Et une espèce de fresque historique de mes propres espoirs et désespoirs. Il m’a fallu lâcher sur des frustrations, œuvrer à nourrir sans cesse le positif, écouter mes peurs et les câliner. Parfois de longues journées de rien… Puis l’espoir toujours que les choses vont reprendre vite, les nécessités professionnelles, puis petit à petit la conscience que tout cela va être bien plus long pour arriver au final à une espèce de résignation qui me paraît encore bien décousue de la réalité…
La phobie de la contamination m’a gagnée au début. A en engueuler mes parents d’aller faire leur course, mon mec de descendre fumer et mon ex de retourner travailler. Ahahahaha ! Même pénible, c’est beau de voir comment on reprend soin les uns des autres. C’était touchant toute cette humanité, cette douceur qui se re déversait dans les rapports humains. Mon angoisse est passée, la douceur est restée pour se recaler dans la banalité du quotidien.
J’ai repris contact avec des gens que je ne voyais plus, écrit des lettres, fait la paix avec certaines relations, téléphoné longuement avec amis et amies, chanté par zoom pour la première fois. C’est amusant.
Mais quand même, c’est long…
Début Avril j’ai trouvé que le confinement était très confrontant avec moi-même… Plus compliqué de fuir mes propres manques, mes propres failles… Pas toujours confortable… Enrichissant. J’ai décidé que c’était positif. Allez, vaille.
J’ai vu des amis, à distance, en ballade, j’ai pleuré de ne plus pouvoir aller au parc à côté de chez moi, alors j’y suis allée quand même, j’ai contourné les CRS qui le gardaient, sans nature, je crève. J’ai repris le sport, merci le confinement ! J’ai été contrôlé par des flics de la BAC vexés que je refuse de dénoncer le trajet de jeunes en fuite qu’ils n’avaient pas réussi à trouver. J’ai aussi été contrôlée en pleine discussion téléphonique avec mon mec pendant mon tour quotidien. Agacée, j’ai crié devant leur portière ouverte : « Je raccroche car la gendarmerie nationale va me contrôler pendant ma ballade quotidienne ! ». J’avoue que ça m’a soulagé et je crois que ça les a fait rire. Enfin, presque. Un soulèvement de commissure de lèvres. Une victoire.(rires)
J’ai profité du printemps et des fleurs comme rarement dans ma vie.
J’ai angoissé sur FB en lisant trop de trucs. Je pense que ça m’a bouffé 3 semaines de vie, j’ai perdu quelques pv. Sans rire ! J’ai décidé de lever le pied, j’ai repris mes anciennes habitudes. Le monde ne va finalement pas plus mal ni mieux si je ne le regarde plus par la fenêtre des médias … Qui croire, qui écouter dans ce fatras général ? De toutes façons, j’ai arrêté de regarder les chiffres, ça m’angoissait. Après tout l’angoisse c’est le meilleur moyen de choper une merde, non ?
D’ailleurs je me suis réveillée un matin très en colère contre le gouvernement, tellement que j’ai dit : « On met tous un masque, une combi de plongée et on monte tous à Paris pour les virer ». J’étais sérieuse. J’ai pris mon petit dej pour prendre des forces, je suis allée voir le parc-mon-ami-le-parc. Je suis rentrée et j’ai appelé mon pote Tomas. Qui s’est foutu de ma gueule. Il a dit mais pourquoi tu te mets en colère comme ça ? J’ai vu son gros ventre heureux, avachi dans son transat, les pieds dans son jardin, la tête dans ses montagnes et ça a été fini. La colère est partie. En tous cas j’ai décidé de ne plus me faire avoir. Quelle bougresse !
Ce jour-là, j’ai écouté à fond un remix de Mickael Jackson par Camille, Hollysiz et Faada Freddy. Un film sur le bonheur qui est en dedans de soi et pas dehors, j’ai médité. Ça allait mieux. J’ai décidé de faire ça tous les jours. En changeant de musique bien sûr. C’était gagné, j’étais sur la remontée.
J’ai proposé à ma fille une journée par mois où on a le droit de dire à haute voix tous les trucs qu’on n’ose pas dire d’habitude. Du coup on s’est dit des trucs incroyables et on a hurlé de rire de nos pensées secrètes. Rien qu’à lire cette phrase on en rigole encore.On a fait des booms, du sport sur le site de la salle de sort à laquelle mon mec s’était inscrit une semaine avant le confinement. (Rires). On ne savait même pas que des sports pouvaient avoir des noms pareils ni que ces muscles-là existaient dans notre corps. Douleurs… Fous rires, addiction au sport. Une fois de plus, on n’a pas peur du ridicule.
On n’a jamais eu aussi peu le temps de regarder des films… On n’a jamais autant fait à manger. On n’a jamais autant fait de remix de Roméo et Juliette aux fenêtres de nos amis. Et on quittait certains en se disant : « Chacun gère ses angoisses comme il peut », sans jugement, parfois touchés, parfois contents de nous réalléger en s’éloignant…
J’ai adoré avoir le regard des autres sur le confinement. Une amie m’a dit : «la chance qu’on a de voir Grenoble comme ça, une fois dans notre vie : sans voiture, calme, sans bruit ni pollution. » J’ai aimé ça.

J’ai parlé à certains voisins pour la première fois depuis 2 ans. Educ, infirmière. Au fil du temps leurs angoisses ont diminué. Tant mieux. C’est plus facile quand tu es obligée d’aller bosser.
Ça me donne envie de dire un mot, et c’est pas grand-chose, pour tous les partenaires, travailleurs sociaux, qui ont assuré le boulot pendant la crise. Chapeau bas. Ces gens là font un super boulot et tout le monde s’en fout.

Ma fille ? Un bonheur de la côtoyer bien plus. Une tristesse de la voir s’éteindre parce qu’elle ne voit plus ses amis. Quoi de plus naturel pour une ado que le confinement ? Quoi de moins naturel pour une ado que d’être enfermée avec ses parents ?… Je lui ai appris à éviter les CRS, à courir dans les buissons, à se sentir hors la loi juste parce qu’on va au parc alors que c’est interdit. On en a ri, beaucoup ! Et à réfléchir sur tout ça, l’état, nos libertés… A choisir l’amour plutôt que la colère, le rire et l’auto dérision. Après qu’on ait eu le droit de crier son désarroi quand ça ne va pas. A être attentive à nos émotions et ressentis pour bien prendre soin de nous. Elle est vraiment classe cette gosse.

J’ai beaucoup travaillé à distance. Pour garder le lien avec les équipes de la Cie, les partenaires, réfléchir aux perspectives, faires des vidéos et des photos à envoyer à tous et à toutes pour leur dire « on pense à vous », soutenir les soignants, les éducs, les infirmiers(ères), animatrice, et garder le lien avec les résidents. Couper un peu leur journée avec nos tronches de clown en vidéo. Au quotidien, travailler les techniques de clown. Et puis tenir un blog pour tous les élèves et leur lancer des défis, faire honneur à leurs essais et à leur courage d’essayer, en les publiant sur le blog. Mission très importante car beaucoup de nos élèves sont des personnes en situation de vulnérabilité qui bénéficient de projets clown que nous développons, projets subventionnés.Garder le lien autour du clown a été d’autant plus important pendant cette période.
Rien de rémunéré. Je suis intermittente du spectacle. Certes j’ai eu la chance de toucher mes allocations chômage pendant le confinement mais elles s’arrêtent en septembre, et comme beaucoup de professionnels du spectacle vivant, je n’ai plus de travail rémunéré à venir… Peut-être que nous parviendrons à relancer certains projets, ou à nous rémunérer sur le travail à distance, ou à bénéficier du chômage partiel, tout est encore flou. Ou peut-être que nous basculerons au RSA en Septembre.
A moins que Le Roi du moment fasse quelque chose…
Allez savoir…
Pour chaque projet et avec chaque équipe, nous cherchons des solutions, à nous adapter. On est créatif, c’est notre force, j’y crois. Ce sont de belles personnes, de belles équipes. Qui défendent ensemble la même chose : le sens de l’humain à travers le clown. J’ai besoin d’y croire. Comme au début. J’espère que ce coup-ci je retrouverai le ridicule du clown, pas celui de mon déni du réel…. (rires)
La semaine prochaine, avec l’équipe de clowns professionnels, nous allons jouer sur les extérieurs d’un des établissements de soins dans lequel on intervient normalement. Pour nous, c’est une autre façon de travailler.
Nous prévoyons quelques sorties aux abords d’un Ehpad.Il parait que les résidents sont très impatients de revoir les clowns. Ça nous fait plaisir.
Et nous sommes contents d’apprendre qu’ils vont tous bien et que les équipes aussi.

La semaine prochaine, ma fille sera à la maison. Elle est en 4. Comme nous elle fait partie des oubliés du gouvernement.

J’avoue que je me suis habituée. Le confinement me pèse et en même temps j’y ai trouvé quelque chose… un espace de paix, une meilleure écoute de mes besoins. Qui n’a pas de prix. Alors oui, j’aime mon métier, Je compte bien le retrouver. Mais j’avoue quand même que retourner vers le speed m’effraie un peu.

On écrira dessus dans quelques semaines, quand ce sera passé.
Parce que finalement tout passe. Toujours.
A bientôt de nous prendre dans les bras.

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Anne – Paysanne.
paysans-epiciers.fr
Mes ressentis sur le confinement, au 26 Avril 2020.

«Je suis paysanne dans un petit village de la vallée du Buëch. Le confinement a commencé alors que j’étais déjà dans ma saison de production de plants potagers. Au printemps, mon activité principale est tournée autour de la culture des plants bio pour les jardiniers. Je prépare en même temps la suite de l’année avec des semis et des plantations de toutes sortes de végétaux : légumes, plantes aromatiques et médicinales, arbres fruitiers, petits fruits.
Je ressens le confinement par l’extérieur. C’est quand les gens viennent aux serres que je me rends compte de ce qui se passe : gel hydroalcoolique, masques et gants. En fait, les choses se sont faites ainsi que je ne suis pas sortie de mon village depuis le début du confinement. Je ne vais plus sur les marchés car ils ont été annulés pendant plusieurs semaines et je n’ai pas encore l’autorisation de me rendre sur ceux rouverts. Mon compagnon a fait toutes les livraisons et les courses. Moi, je vis entre mon appartement et ma ferme uniquement. Je suis confinée mais dans mon village. Finalement, cela ne change pas vraiment des autres printemps car c’est une période tellement chargée pour moi que ma serre et mes champs sont les lieux où je vis vraiment, mon appartement c’est pour dormir.
J’entends mon entourage qui me parle des queues pour faire les courses, des distanciations mais pour le moment je ne l’ai pas vu de mes yeux. Je pense que je risque d’avoir un choc quand je vais le voir et le vivre.
Avec le beau temps et le confinement, les gens font leur jardin plus tôt que d’habitude. Je suis pleine d’optimisme quand je vois de nouveaux clients venir à la ferme. Je vois des personnes qui font un jardin plus grand qu’à l’accoutumée ou certains qui se lancent. J’ai aussi des clients qui viennent à la ferme alors qu’ils allaient plutôt en jardinerie pour acheter leurs plants. Ce sont autant de signes qui me portent vers l’après. Mais est-ce que tout cela durera dans le temps, je n’en sais rien. En revanche pour moi une chose est encore plus certaine qu’avant. Dans le monde d’après vous me trouverez au même endroit qu’avant et pendant le confinement : dans mes champs. »

Nathalie – Chargée de projets habitat – Volontaire à la blanchisserie du CHU de Grenoble.
Mes ressentis sur tout ça au 27 avril.

« Ça n’a pas été une énorme surprise, on suivait l’actualité depuis quelques temps et on sentait venir le truc au boulot. Malgré tout peu d’anticipation. Il a fallu plier rapidement. Petite angoisse à l’idée de rester bloquée à la maison, un pré-ado avec moi une semaine sur 2. Télétravail, petites galères de matériel informatique, mais finalement une nouvelle routine s’est installée. Le collège à la maison, un vrai bonheur. Sourire. On lâche très vite ses principes, ses horaires, ses obligations. L’enfant dissimule très bien ses angoisses mais ne veut pas sortir. Le travail scolaire l’ennuie, alors on trouve des astuces. C’est pas nouveau. On a déjà une contrainte de fous, lâchons prise. Les premières semaines, une sortie hebdomadaire pour les courses et croiser des personnes qui vous guettent au coin d’un rayon pour vous signaler que la distance à respecter c’est un mètre. « Ok, j’ai un masque et si t’es pas content tu fais le tour hein, parce que c’est déjà pénible alors je suis pas d’humeur ». Bon, vu sous un autre angle ça peut passer pour un besoin désespéré de contact.

Chose étrange, cette situation a resserré beaucoup les liens avec mon équipe : boulot et groupe déconnade sur WhatsApp – réunions Skype…au bout de 3 semaines les déguisements sont sortis du placard. Les liens amicaux se resserrent étrangement aussi. On se manque plus quand on ne peut pas se voir. Quand on peut on ne s’appelle pas, on sait qu’on est là, et on se donne rendez-vous quand on a le temps. Et là c’est l’inverse. On a que le temps donc on s’appelle pour ne pas se voir.

Le plus dur, et qui va durer encore, c’est de ne plus se rencontrer par hasard.

Alors que faire de ce temps qu’on ne passe pas dehors ? On ressort ses stylos, ses crayons, on écrit, on dessine, on regarde des films (bons et moins bons), des séries, curieusement j’ai beaucoup de mal à lire et à écouter de la musique. De la cuisine aussi, je m’exerce au végétarisme agile (sourire pour l’emploi volontaire de ce nouveau disruptif du vocabulaire marketing). Et le corps est nerveux de tourner en rond. Reportage filmographique sur le rouleau de PQ du toit du garage d’en face, atelier papier mâché pour créer des bidules. Quand on s’ennuie vite, on accumule les projets commencés/pas finis.

Quand les prolongations ont été annoncées j’étais dans ma routine de confinée, et c’est là que j’ai pensé aux copains intermittents, restaurateurs, patrons de bar, artisans, indépendants… que cette crise abîme au delà de l’imaginable. Avec les appels des agriculteurs en difficulté via le réseau des Amaps aussi. J’ai pris conscience du confort dans lequel j’étais, à bosser de chez moi, sans avoir à me soucier de ma fin de mois ou de mon avenir financier. C’est à ce moment que j’ai postulé pour être volontaire. Missions organisées par mon employeur.

Direction la blanchisserie du CHU.
10000 torchons, taies et autres blouses de malades plus tard, j’ai mal partout mais j’y retourne 3 jours de plus. S’il est des métiers difficiles et invisibles, celui-là en fait partie. Pourtant sans leurs bras, l’hôpital ne tourne pas. Et pour le chocolat, il faudra repasser…
Je leur tire une belle révérence aux femmes (surtout) qui bossent là-bas, heureuses de leur travail, courant après les heures supplémentaires, ce sont elles que j’applaudis. Chapeau bas Mesdames.

Note pour plus tard : Carrefour Drive Meylan (ne posez pas de questions). Recherche : shampoings. Résultats : plus de 200 références pour se laver cheveux. Flaconnages plastiques.
What the F..k? »

témoignage covid-19 takephotosandsayyeah
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Magalie – Aide-soignante en EHPAD.
Mes ressentis sur le confinement, au 28 Avril 2020.

«Je m’appelle Magalie, j’ai 42 ans et maman de trois enfants. Je suis aide-soignante dans une EHPAD. Je ne suis donc pas totalement confinée, il faut bien se rendre au travail pour s’occuper des anciens. Au départ beaucoup de crainte, peur de ramener ce fichu virus à la maison… Peur de contaminer les personnes âgées dont je m’occupe et de les voir tous partir les uns après les autres. Je travaille dans une unité psycho-gériatrique. Les personnes dont je m’ occupe sont donc toutes des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou autre maladie apparentées. Même si beaucoup ne remarquent pas nos masques et nous reconnaissent malgré tout, chez d’autres cela leur crée beaucoup de craintes et de questions. Même si à l’heure d’aujourd’hui aucun cas n’a été recensé sur mon lieu de travail, je redouble de vigilance et de précaution en rentrant chez moi. Je file sous la douche et m’interdit de faire des bisous à mes enfants… Je crois que c’est ça le plus dur même si au départ ça arrangeait bien mon fils de 9 ans d’ échapper à mes demandes de bisous intempestifs. Il y a une semaine, on a fêté les 16 ans de ma fille. On a essayé de faire en sorte que ce soit quand même un vrai anniversaire : je lui ai fait un beau et gros gâteau et elle a soufflé ses bougies en appel visio avec la famille… Pour le coup, tout le monde était présent !! C était super !
Même si aujourd’hui ce confinement n’est pas tous les jours facile, je suis persuadée que cela va aider beaucoup de personnes à voir quelles sont leurs priorités et voir que certaines choses qui leurs semblaient essentielles sont aujourd’hui superflues à leur vie.
»

Nadia – Grenoble
Mes ressentis sur le confinement, au 28 Avril 2020

« Du sang froid », voilà ma première pensée. Gardons notre calme et suivons les consignes.
Les premiers jours ont été consacré à faire le tour de mon répertoire pour appeler mes proches et une fois que je les ai su en sécurité, j’étais prête à faire face.
Étant dans une reconversion professionnelle, j’avais déjà quelques repères dans mon quotidien. Est venu s’ajouter les vidéos apéros, prendre du temps à faire des travaux pour rendre sa bulle plus confortable, déplacer la table près de la fenêtre ouverte pour dessiner et profiter de la nature qui reprend ses droits.
Bien sûr que le temps s’est arrêté pour cette société qui t’oblige à courir sans cesse, mais quel bonheur de retrouver les petits plaisirs simples de la vie et de se recentrer sur soi pour s’épanouir et mieux profiter du moment présent.
Petit à petit je n’écoute plus les informations et fais abstraction des manquements de mes voisins aux règles du confinement pour ne pas me sentir assailli par la colère et la frustration .
« L’après » je commence à y réfléchir, c’est proche et si loin à la fois … »

témoignage covid-19 takephotosandsayyeah
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Delphine – Grenoble
Mes ressentis sur le confinement, au 19 Avril 2020.

«Ma première émotion a été l’anxiété suite à la fermeture des écoles, un gros coup de massue. « Que va-t-il se passer ? On en est arrivé là ? Est venu ensuite le confinement que j’ai pris un peu plus sereinement puisque ce n’était une surprise pour personne. Je le voyais vraiment comme une opportunité d’aider à notre façon les soignants. La solitude j’y suis habituée puisque j’élève seule mon enfant de 2 ans et je l’apprécie souvent mais l’idée d’être enfermée avec mon fils et ce, pour une durée indéterminée, m’effrayait. Peur qu’il ne comprenne pas, peur que ses amis et sa crèche lui manquent. Ou étais-ce moi qui avait peur qu’on m’enlève cette routine qui nous parait moins fade une fois qu’on n’a plus le droit de la vivre. Peur de cette complexité de devoir lui expliquer qu’à cause d’un puissant virus, on ne pourrait plus aller au parc, plus de jeux, plus de copains. Juste maman, l’appartement, le balcon tous les jours. Jusqu’à … on ne sait pas. La première semaine avait un arrière goût de « Un jour sans fin ». Chaque matin, cette impression de se réveiller avec une gueule de bois alors même que je n’avais pas encore goûté aux « apéros skype ». Nous avons fini par trouver peu à peu nos marques et à prendre ce temps passé ensemble comme une opportunité. Mais c’est alors que le virus a décidé de s’inviter à la maison. Sûrement dans un moment d’inattention lors d’un passage au supermarché où il fallait gérer la cohue, mettre des distances de sécurité avec les gens, faire vite, avec un enfant qui court de partout, qui touche à tout et qui, de par son âge ne comprend absolument pas les gestes barrières. Ensuite est venue la « quatorzaine », le confinement dans le confinement. Le climat anxiogène décuplé. Avoir peur chaque jour que les symptômes dégénèrent et s’occuper, avec le peu de force qu’on a, de son enfant, en croisant les doigts chaque jour pour qu’il ne tombe pas malade à son tour. J’ai décidé de ne plus écouter les informations afin de m’épargner tout stress et guérir au plus vite. Après 15 jours, la fatigue était toujours présente mais les symptômes avaient peu à peu disparu. Nous avions enfin le droit de sortir et de profiter du luxe de pouvoir se promener une heure. J’en rêvais! Le pire de ce confinement est derrière nous mais la lassitude s’installe et le temps des remords est venu : pas assez d’activités avec mon fils, pas assez de lecture, pas assez de yoga, pas eu le temps de regarder beaucoup de films… Stop ! Maintenant au jour d’aujourd’hui on sait que l’on va vers une fin de ce confinement. Même si ce sera une rude épreuve, un nouveau mode de vie à apprivoiser, je n’y pense pas. J’ai mis de côté la colère que j’ai contre le gouvernement. On verra plus tard… Pour le moment, je garde l’énergie que je retrouve peu à peu pour mon fils. La vie suspendue : lâcher prise, ne pas penser à demain ni au mois prochain, se créer notre bulle et s’inventer notre monde à nous est la meilleure solution pour affronter la fin de ce confinement. Et d’ailleurs, quel jour sommes-nous ?»

Danielle – Quimiac. 
Mes ressentis sur le confinement, au 15 Avril 2020

« Tout d’abord je me présente, Danielle, je suis une mamie de 74 ans et j’aime avoir des enfants avec moi. Et justement, je devais passer quelques jours avec mes deux dernières petites filles que je n’ai pas vues depuis plusieurs mois. Billet d’avion pris, je suis contente de partir. Et quoi ? Les informations tombent : le coronavirus, confinement pour tout le monde. Tout tombe à l’eau et je dois rester coincée entre 4 murs à attendre que le temps passe. Pas possible… Nous devons tous suivre les consignes sans quoi les amendes tombent. On se croirait prisonniers. Moi qui aime me promener, les journées sont très longues. Personne ne bouge, c’est triste. Le soleil brille et la plage est belle mais interdiction de mettre les pieds sur le sable. Je me lève le matin avec l’envie de ne rien faire. Plus de contacts avec mes voisines, elles tremblent toutes. Je m’ennuie… Heureusement que le portable est là et que mes proches me font des petits coucous en vidéos. Sinon je pense que je resterai dans mon lit toute la journée, car la rue et le bruit me manquent. Vivement que tout cela se termine et que chacun se rende compte que la santé et la liberté sont les plus belles choses de la vie. »

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Denis Carrier – Illustrateur – Grenoble
studiofolk.com
Mes ressentis sur le confinement, au 17 Avril 2020.

«Après cinq semaines de confinement, on commence à trouver ses marques et à avoir une petite routine qui s’installe. Alors c’est sûr que ce n’est pas facile tous les jours, surtout avec une fille de deux ans et demi, mais c’est aussi une expérience plutôt rare de pouvoir partager autant de temps avec elle. Habituellement, mon travail prend beaucoup de place dans la journée et en ce moment il est vraiment réduit à son minimum. J’essaie toujours de produire des images tous les jours, que ça soit pour des commandes en cours ou des projets perso mais je privilégie quand même la vie à la maison pour garder un certain équilibre qui nous permet de tenir. Je me dis que le travail pourra attendre et au fond de moi j’ai aussi en conscience que professionnellement ce sont les mois qui arrivent qui vont être les plus difficiles. Alors même si je m’y prépare un peu, j’essaie surtout de vivre au jour le jour, de profiter de ces moments en famille et d’aider comme je peux les gens en filant quelques coups de main graphique quand je peux. En ces temps compliqués, un peu d’entraide ne pourra pas nous faire de mal.»

Illustration © Studio Folk/Denis Carrier

Emilie Baldini – Directrice Centre d’art bastille (Cab) – Grenoble. 
cab-grenoble.net
Mes ressentis sur le confinement, au 17 Avril 2020

« La vie confinée n’est pas si déplaisante à vivre pour moi, même si clairement plus intense que la vie quotidienne, c’est un condensé de tout ce qui la rythme habituellement. Entre le travail à temps plein à gérer au mieux, la répartition et l’occupation des temps de garde de notre fille de 2 ans et demi, et le reste… C’est corsé ! Mais pas désagréable. J’ai déjà cette manière et cette habitude d’occuper notre appartement, tourné vers le travail, certes pas autant, et surtout pas sans en sortir.
Alors oui nous sommes physiquement retenus dans nos maisons, au mieux, mais je ne me sens pas dans une retenue sociale si forte puisque cafés et apéros en visio avec les copains continuent de rythmer notre quotidien.

Même si j’ai l’impression d’être à la fois une dealeuse de gommettes, une cheffe de l’intendance et bientôt une barista accomplie, et que c’est cool parce qu’on est ensemble, j’attends impatiemment de pouvoir prendre de nouveau le temps de penser les choses sans avoir la sensation d’être dans une extrême urgence !

Car bien qu’on essaie quand même de voyager et de jouer avec l’ordinaire, avec les moyens du bord : camping dans le salon avec guirlandes, tapis et couvertures ; atelier de peintre dans le couloir (nos murs deviennent les « walls of fame » de notre fille) ou jardinage sur balcon… Rien ne vaudra jamais une sortie sans limite de temps ! »

témoignage covid-19 takephotosandsayyeah
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Marine, Damien & N’Lou – Blogueurs voyage – Laval
piedsetpatteslies.fr
Mes ressentis sur le confinement, au 15 Avril 2020.

« Ce confinement, nous l’avons d’abord vécu dans l’INSOUCIANCE. En effet, nous étions loin de la France, en voyage au long cours au Chili en ce 16 mars 2020. Malgré le décalage horaire et la route que nous étions en train de parcourir, nous voulions savoir à quelle sauce nos proches, en France, « seraient mangés ». On s’est donc garés sur le bas-côté et l’on a attrapé au vol le discours de notre président à 20h10. Les premiers mots qui ont résonné pour nous étaient « nous sommes en guerre ! ».

C’était flou tout ça… Et ça nous a fait entrer dans une période de QUESTIONNEMENT. Que doit-on faire… Rester ou rentrer ? Et notre chien ? Et notre voyage ? Et notre véhicule français ? Que fait-on ? Finalement, après avoir eu une confirmation de la compagnie aérienne que nous pourrions bien embarquer avec notre chien, nous avons pris nos billets d’avion. En quelques heures, on s’est organisés dans l’urgence, pour monter à bord de ce dernier vol commercial entre le Chili et la France. On a été rapatriés le 27 mars sur un vol Air France où la tension du personnel volontaire était palpable.

Voilà, nous sommes rentrés en France. Alors que l’on avait découvert le Santiago confiné et sous couvre-feu la veille de notre départ du Chili, c’est tout autre chose dans l’hexagone. On ressent de la FRUSTRATION. Nous souhaitions être dans notre pays pour nous sentir protégés et finalement, nous sommes écœurés de voir autant de gens ne pas respecter les règles…

On repense aux choix que nous avons dû faire et l’on se dit qu’il n’y avait pas de bonne ou de mauvaise décision. Simplement une décision que nous devrons assumer quoiqu’il arrive. En restant sur place, nous sommes quasiment certains que tout se serait bien passé. Cependant, nous avions le pressentiment que notre INCONFORT MORAL aurait été bien plus important qu’on voulait le laisser croire et que l’on n’aurait pas savouré notre aventure de la même manière.

A présent, nous voilà dans un nouvel état d’esprit : celui de l’ATTENTE. L’attente d’en savoir plus. Nous ne nous posons plus réellement de questions sur notre état de santé, ces inquiétudes ont été balayées avec notre retour en France. Mais l’attente est liée au besoin d’en savoir plus quant à l’avenir qui se dessinera pour le monde et pour nous.

Et oui, à présent on se demande « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » et on attend le DENOUEMENT de cette situation unique et sans précédent. »

Raphaëlle – Libraire – Grenoble. 
Mes ressentis sur le confinement, au 14 Avril 2020

« Je ne vis pas trop mal ce confinement pour le moment. Bien sûr des choses me manquent, d’autres me pèsent. Je suis quelqu’un qui ne craint pas la solitude et je redoute les espaces bondés. J’aime les gens, je suis d’ailleurs commerçante, libraire, et j’aime les rencontrer, leur parler, transmettre ce que j’aime. Ca, ça me manque. Mais je crois profondément aux bienfaits du « chez soi », et ne pas avoir à faire des efforts de sociabilisation ne me dérange absolument pas. C’est presque un soulagement. M’enfermer dans une salle de cinéma et ne pas pouvoir sortir boire un café est au final ce qui est le plus difficile pour moi, en lien avec l’extérieur. J’étais au milieu d’un déménagement quand nous avons été confinés. Je ne peux toujours pas vivre dans mon premier véritable chez moi (premier achat, yeah!) car je passe le confinement chez mon amoureux. Je suis un peu mélancolique parfois. Apprendre à vivre ensemble, certaines semaines en famille qui plus est, n’est pas de tout repos. Certains jours je regarde à peine par la fenêtre. Et d’autres je peux passer de longues minutes à regarder les formes et découpes du Vercors, la lumière sur Belledonne, ou simplement le nuage de petites graines-hélicoptères qui sont emportées par le vent, de l’arbre juste en bas de l’immeuble. Nous avons un balcon, un grand appartement, nous sommes ensemble, et même si je suis au chômage partiel, nous sommes privilégiés. Le confinement va creuser les inégalités, et c’est ce qui me met le plus en colère. Pas contre la maladie. Mais contre notre gouvernement, qui n’a pas mesuré la gravité de la situation et est plus obsédé par la sauvegarde de l’économie (du moins une certaine vision de celle-ci) que par la réflexion sur un changement de paradigme sociétal. Qui n’écoute pas les spécialistes quand ceux-ci nous disent qu’il est trop tôt pour penser à un déconfinement. Qui n’entendront pas la leçon sanitaire, sociale, écologique, politique de cette situation extraordinaire (mais qui ne le sera plus d’ici quelques années). Je ne suis pas optimiste quant à un changement de nos modes de vie. C’est plutôt le contraire. Nous continuons à produire, à consommer. Les « premiers de cordée » lèvent à peine le petit doigt pour soutenir les « premiers de corvée ». Et pourtant ce sont eux qui nous permettent de vivre dans notre petit confort composé de stories Instagram, de marathons Netflix et de recettes zéro déchet. Oui moi aussi, je fais tout ça, et je culpabilise. Mais il arrive un moment où on ne peut plus culpabiliser à la place des véritables responsables. Alors j’essaie d’avancer dans mes lectures, de câliner les chats, de faire l’école à la maison à un préado, de faire germer un avocat, bref, de vivre, au jour le jour. C’est finalement la meilleure façon de traverser ces jours impalpables. »

témoignage stuck inside portrait covid-19 takephotosandsayyeah
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Gaëlle – DG – Coublevie
Mes ressentis sur le confinement, au 14 Avril 2020.

«Une pause… comme si tout s’arrêtait pour quelque temps… un temps indéfini, incertain…

Une inimaginable parenthèse avec mes filles et mon mari, enchantée souvent, angoissée régulièrement, chanceuse souvent … C’est à la fois rassurant de se dire que le lendemain sera assez semblable au jour même, et stressant de ne pas savoir ce que sera la suite…

Arriver à apprécier le moment, l’instant, sans se soucier du passé, ni du futur, apprendre à prendre le temps de jouer avec ses enfants, de les toucher, de les regarder inlassablement…

Notre deuxième petite Ange s’appelle Diêm … coïncidence ou hasard, nous n’avions même pas fait le rapprochement, elle me rappelle tous les jours l’importance du Carpe Diem …
J’avais oublié tellement de choses, je retrouve finalement beaucoup de simplicité, ne plus avoir la peur que le temps passe trop vite et que l’on ait pas fini tout ce que l’on avait à faire dans un temps précis, délimité et souvent trop court … le temps s’allonge, la patience doit s’adapter, grandir … j’apprends à accompagner, à comprendre, plutôt qu’à punir… retrouver le goût des petits plaisirs de la vie … Après tout le futur sera probablement meilleur car nous aurons compris ce qui compte vraiment : l’humanité.»

Romy – Journaliste – Grenoble. 
romyzucchet.wordpress.com
Mes ressentis sur le confinement, au 14 Avril 2020

« Le confinement… à mon oreille cela sonnait « grande guerre », « bombardements », « tickets de rationnements », « abris anti atomiques », les histoires que me racontaient ma grand-mère sur la grande guerre, le journal d’Anne Franck, un relent nauséabond de fin du monde.

Nous n’en sommes pas passés loin. Quelques semaines de panique au départ avec un confinement total deux jours avants l’annonce officielle du gouvernement.
Un cumul de catastrophes mondiales, incendie à Tchernobyl, éruption du volcan Krakatoa, peur irraisonnée de ne plus pouvoir respirer l’air extérieur, d’une pénurie mondiale, alimentaire. Avec des enfants impossible de se le permettre. La terreur de devoir les priver, qu’ils manquent de quelque chose. Ceci dit, pour des enfants de la génération Z, (renommée bientôt « génération confinement » ?) la première crainte est essentiellement de manquer… de réseau !

Déjà sensibilisée par le mouvement de décroissance de ces dernières années, sans être collapsologue ni une adepte des survivalistes, je pressentais une part non négligeable de vérité dans les théories d’Yves Cochet ou Pablo Servigne.

Du coup, hop tout le monde sur le pont, nous avons la chance d’êtres confinés en maison avec un grand jardin. Création d’un potager afin d’initier une autonomie, sommes toute assez relative, en fruits et légumes et construction d’un poulailler, les enfants participent activement et cela permet d’assurer la mascarade de « continuité pédagogique » de façon concrète sur le terrain !

Ah la « continuité pédagogique », parlons en, ou plutôt à quel moment les mères, ce sont les principales concernées, sont capables de consacrer toutes leurs journées à assurer les cours d’enfants aux âges différents (imaginez une classe en maternelle, puis une en primaire et deux au collèges par exemple), tout en télétravaillant (il faut bien relancer l’économie ma p’tite dame) et préparant le déjeuner de midi. Je vous laisse méditer sur la culpabilisation accentuée par les pédo psychiatres qui martèlent à longueurs d’interviews sur l’absolue nécessité de conserver des emplois du temps et tout ça dans un 40m2 Parisien.

Pardon je m’égare et pour en revenir à nos poules, nous avons décidé d’offrir quelques œufs décorés par les enfants, à nos voisins, en attendant d’en apporter aux grands-parents. Nous avons une chance énorme de pouvoir communiquer par visio, ma sœur vit en Catalogne et de vivre le confinement dans ces conditions presque luxueuses au regard d’autres familles. Nous voilà aujourd’hui repartis pour un mois avec une vague prémonition…»

Changer les âmes
Changer les cœurs
Avec des bouquets de fleurs
La guerre au vent
L’amour devant
Grâce à des fleurs des champs » L. Voulzy

témoignage stuck inside portrait covid-19 takephotosandsayyeah
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Alexandre – Réalisateur chez We Prod – Grenoble 
we-prod.fr
Mes ressentis sur le confinement, au 14 Avril 2020.

«Les coques de bateaux n’ont rien à faire sur les balcons des immeubles.
Lorsque nous sommes arrivés, Irma était à 48h des côtes antillaises. Le confinement total était de rigueur. Administrations et commerces fermés sur le champ. Tous les habitants confinés chez eux ou dans un espace communal pendant les 48 à 72 prochaines heures… et pourtant nous étions à plus de 200 milles nautiques de l’œil du cyclone. Les consignes sont claires : ravitaillement en eau, pâtes, riz, bougies et piles pour la radio. Tous se préparent au pire, à l’insurmontable. L’appréhension côtoie l’incertitude, l’inconnu. Après le chapelet des cyclones Irma, José, Maria, la vie a repris son cours comme avant. A deux vitesses. Ceux qui tracent leur route et ceux qui sont laissés sur son bord.

La mobilité et son rayonnement sont réduits lorsque nous ne sommes pas en navigation… et même parfois lorsque nous sommes en navigation d’ailleurs. Il faut un certain temps pour trouver son espace vital dans cet espace réduit, confiné, de 20m2 à 2 + 1 chat, H24. Il faut en imaginer un autre. Celui intérieur est infini. Le confinement est intrinsèque à ce genre de voyage. Lui, nous l’avions choisi. Pour quitter notre embarcation nous devons demander l’autorisation aux autorités locales, pour acheter des vivres, discuter avec des gens, marcher ou courir. Il nous arrivera aussi de ruser, ne pas déclarer la présence du chat à bord pour ne pas avoir à tenir un nouveau confinement –forcé celui-ci– de 48h lorsqu’un animal est à bord.

Tel un voyage au long cours, le temps est étiré, déformé depuis ce nouveau confinement. Nous ne l’avons pas choisi, lui. Et nous ne sommes pas, là non plus, sur la trajectoire de l’œil du cyclone. A priori. La libre circulation s’atteste sur l’honneur. Le chat, lui, observe les louvoiements quotidiens de ses hôtes. Le temps glisse, son ancre dérape et il dérive. Le cap, pour une fois, on l’oublie. Une chance, celle de pouvoir contempler une ville silencieuse, entendre l’Isère torrentielle, observer une faune reconquérir ses quais, sous nos fenêtres. Une chance mêlée d’impatience, celle de retrouver demain notre liberté gigogne. Une chance mêlée d’impatience, d’appréhension parfois, celle d’être aspiré par l’œil du cyclone. Une chance mêlée d’impatience, d’appréhension parfois, d’incertitude toujours : Quand sera ce demain et de quoi il sera fait. Notre excès d’empathie n’atteint toujours pas la mesure d’une réalité qui n’est pas la nôtre mais bien la leur. On se sent si loin et si proche à la fois de cet œil du cyclone.« 

Coralie – Responsable magasin alimentation bio – Grenoble. 
Mes ressentis sur le confinement, au 13 Avril 2020

«Je suis une confinée… Je suis passée par plusieurs états émotionnels ces dernières semaines. Comme la plupart des gens, je n’ai pas cru en l’impact de ce virus. On voulait nous faire peur, nous montrer qu’on n’était pas les plus forts ou les plus malins. Et les écoles ont fermé, la Fnac, les galeries Lafayette…et là… J’ai accepté…si même nos enfants et le capitalisme sont mis à l’écart c’est que c’est du sérieux. Les jours qui ont suivi me l’ont confirmé. Je travaille dans l’alimentaire et …j’ai compris. La queue devant le magasin, les clients paniqués qui s’arrachent les paquets de pâtes, de PQ (c’est cliché mais c’était vrai). Nous devions fermer pour pouvoir mettre en rayon, nous étions débordés. Post apocalyptique. Tout s’écroulait autour de moi… plus de masque…plus de gel hydroalcoolique mais l’obligation d’aller bosser…chair à canon !! A 20h je n’applaudissais pas, c’était ma rébellion, mon trop plein de panique, de détresse, ma frustration…je pleurai. On nous insultait au travail (réellement et injustement) et là on applaudissait le personnel médical et pourquoi pas nous ? 400 clients par jours, 400 opportunités pour ce virus de nous contaminer et 400 traces de ceux qui sont passés la veille…surtout ne plus calculer… Alors… On se trouve des supers pouvoirs : la léthargie, le rire, l’amour, la fierté, le civisme, le soutient, l’entraide, la compréhension, la négation, la bouffe. Aujourd’hui, nous avons nos propres armes pour nous protéger et protéger les autres, de supers clients qui annulent le venin de certains autres ; On se soutient entre collègues … et ça fait du bien. Et puis… Je rentre à la maison, je ne touche à rien, je vole jusqu’à la salle de bain, attaque la douche, jette mes vêtements dans la machine, lave mon masque pour le lendemain….et là…de petits bras…pleins d’amour, de grands bras…emplis de soutient et de tendresse …le rire, les joies, les larmes, les devoirs, les repas ….la vie est là… Je vous aime. »

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Julien – Électricien – Grenoble 
Mes ressentis sur le confinement, au 12 Avril 2020

«Aujourd’hui c’est Pâques, les chocolats débarquent à la maison !!!! Déjà qu’en cette période de confinement, je me suis transformé en chef cuisto. Euh…. la guerre des petits kilos en trop est déclarée !! Tout y passe : endives, carottes, fenouils, pâtes, riz, salade, semoule… oui mais avec quoi hein ?! Œuf, poisson, viande… Pas facile de cuisiner tous les jours sympa et équilibré pour la petite famille mais on se fait bien plaisir, manquerait plus que ça ! Pour revenir sur mes sentiments : étant confiné dans notre appartement avec ma fille de 6 ans et ma chérie travaillant dans l’alimentaire, je vie le moment au jour le jour sortant mes différentes casquettes : papa jouet, papa professeur, papa il y en a marre, papa cuisto, papa qui gronde, c’est le confinement mais quand même ! Papa à quand même bien mangé du jeux vidéo, des films, des mangas aussi hihihi !! Notre soupape de décompression, c’est notre balcon : on mange, on lit, c’est notre lit pour une petite heure, on joue, et on télétravaille, on refait le monde, la journée, le confinement autour d’un petit café. Dans notre quartier tous les soirs à 19h50, c’est la fête !! Un voisin s’est improvisé dj de la résidence et Martine nous joue un air populaire à l’accordéon. C’est chouette de voir notre petite s’éclater, danser, chanter !!! Les voisins en font de même, ça fait du bien. La première fois que j’ai entendu cet air d’accordéon cassant cet étrange silence, j’ai dit à ma chérie : « on se croirait dans un film français !!». Il manquait plus qu’Amélie, la bohème s’était installée dans notre quartier. Ça semblait irréel. C’était chouette !!! Pour la situation du covid19, prenant d’abord des nouvelles de la famille et amis, je me suis mis au fur et mesure dans ma bulle : trop de vraies/fausses infos, de contradiction, un sentiment d’incompréhension où rien est explicable. À la maison, ma chérie étant au cœur du problème de l’alimentaire, beaucoup de discussions concrètes : comment la réconforter, la rassurer, tout en lui rappelant de rester vigilante, sans l’inquiéter ; quand ce n’est pas lui faire peur ?! Beaucoup d’émotions cachées d’autres dévoilées, des rires des pleurs. Pour finir, je n’ai pas beaucoup parlé de notre petite Lou, elle a simplement été merveilleuse.  »

Marianne – Responsable Relations Publiques – Cévennes. 
Mes ressentis sur le confinement, au 13 Avril 2020

« 4 semaines. 4 longues semaines que nous sommes confinés. Au début, la sidération. Le déni, l’angoisse. Profonde. Puis, peut-être, une forme d’acceptation. Une habitude, qui s’installe ? Des petits rituels, qui rassurent. Aujourd’hui, mon quotidien se déroule, lentement, jour après jour. Le plus dur, c’est l’ascenseur émotionnel. Se réveiller pour un jour avec, ou un jour sans. Et devoir terminer la journée, quelle qu’elle soit. Ce qui continue de m’angoisser, très fort, ce n’est plus le virus, bien qu’il tue, beaucoup. C’est « l’après ». Le fameux « monde d’après ». J’oscille, toujours dans mon ascenseur émotionnel, entre l’envie que tout bouge, et l’espoir insensé que rien ne bouge. Je suis intimement convaincue qu’il faut qu’on change, qu’il faut que je change, pour que le monde aille mieux, qu’on le remette sur les rails. Mais même si nous changions, et si c’était déjà trop tard ?… L’inconnu total, de ce que sera demain, la disparition du monde tel que je le connais, me terrifient. Boule au ventre. Alors je me force au lâcher prise, à coups de lecture, méditation, travail manuel, running. Accepter de perdre le contrôle. Accepter de ne pas savoir. Vraiment pas facile, pour la control freak que je suis. »

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Florian Mosca réalisateur témoignage stuckinsideportrait

Florian Mosca – Réalisateur de films- Paris
lescoflocs.com
Mes ressentis sur le confinement, au 9 Avril 2020

« Réalisateur de films de voyage et d’aventure par vocation et par passion, l’idée du confinement est mon reflet dans un miroir brisé. Quelques semaines avant annonce, un bateau d’expédition m’avait ramené d’Antarctique pour me rendre à ma chérie, mon chat, et mon appartement parisien de 50m2. C’est donc une période de retrouvailles bien mérité à durée indéterminée qui m’attendait. J’entrais dans cette période introspective avec bienveillance, peut-être même avec entrain et surtout avec des centaines d’heures de vidéo récoltées autour du monde à monter. Sachant qu’on ne savait rien de la période dans laquelle on allait entrer, je me demandais pour la première fois quel était mon chez moi ? Celui où j’ai grandi, avec ma famille, en Savoie dans les montagnes à l’air libre ? Dans la famille de ma chérie, dans la campagne en pleine nature à 1h de Paris ? NON, la réponse se trouvait ici, dans notre 50m2 en location à Paris, place de la République, en plein dans l’œil du cyclone du Corona Virus. Là avec notre chat, notre box internet, nos habitudes, notre amour, nos joies et nos peurs.
Ça fait bientôt un mois qu’on est enfermé. Et jusqu’ici je découperais le confinement en trois période.
Tout a commencé avec la peur, l’anxiété et l’Angoisse. Nous entrons dans une phase que personne dans le monde n’a connu, ni nos parents, ni nos grands-parents, ni nos politiques, tous pays confondus. Citoyens du monde, on est enfin tous égaux. Porteurs du virus potentiel, personne n’est épargné. Tout est noir.
2 semaines plus tard, les nouvelles ne sont pas bonnes dans le monde entier. Mais nous, nous n’avons eu aucun symptôme du virus, nos proches non plus, nous ne sommes donc pas infectés : ON VA VIVRE. La routine prend forme, l’électricité n’est toujours pas coupée, la connexion internet bat son plein et les supermarchés ne connaissent aucune pénurie. Ces petits bonheurs qui nous rendent aujourd’hui heureux et nous donnent espoir.
Indépendant depuis mes débuts, le confinement n’a pas bouleversé mon quotidien. Il faut savoir organiser ces journées autour du travail sans bénéficier d’une pression hiérarchique.
La 3ème période est celle que l’on traverse aujourd’hui, je l’appellerai celle de la chance. De nombreux « Skyperos » avec mes amis et ma famille m’ont fait souligner quelque chose d’important : Les Français ont enfin l’impression d’avoir de la chance ! « J’ai la chance d’avoir un jardin, j’ai la chance d’habiter à la campagne, j’ai la chance de ne pas être malade ». De mon côté, confiné dans un petit appartement sous les toits de Paris, en plein milieu de l’orage : J’ai la chance d’avoir 50m2, j’ai la chance d’avoir du travail devant moi, j’ai la chance d’avoir un chat et surtout surtout, j’ai la chance d’être amoureux comme personne 😉  »

Violaine – photographe – Grenoble. takephotosandsayyeah.comwildbirdscollective.com
Mes ressentis sur le confinement, au 8 Avril 2020

« Une bulle. Une bulle de savon. Elle volette sous une brise légère. Quand va-t-elle éclater ? J’ai arrêté de me projeter, j’ai choisi de vivre l’instant. Une parenthèse offerte pour passer du temps avec ma fille. À 3 ans et demi, elle est loin de gérer toutes ses émotions. Et, à dire vrai, je suis pas certaine d’en être beaucoup plus capable. Le besoin d’attention est permanent et on va pas se mentir, j’attends comme le messie les 20 minutes de temps calme pour boire mon café ! Du coup, j’en bois deux alors que j’aimerais en boire 6 ! Et j’avoue que j’ai pas toujours la motivation d’être l’esclave d’une dictatrice aux dents de lait. Sans compter qu’il faut sans cesse trouver des activités motivantes, gérer les frustrations… Parfois, je voudrais du temps rien qu’à moi où je lirais aucune info macabre ou anxiogène… ou je ne serais ni triste, ni déprimée, ni en colère… Alors je me ressaisis, je me dis à quel point j’ai de la chance de l’avoir auprès de moi et de la voir grandir ! Et comme c’est cool de jouer, chanter, danser, se déguiser… et passer autant d’heure au club de loisirs créatifs ! Et je vis l’instant, dans ma bulle, dans notre bulle.
Elle aussi elle patiente, elle s’adapte.
Je la regarde et je voudrais lui rendre sa liberté.
La solitude ne me pèse pas plus que ça. D’abord parce qu’on est trois, ensuite parce que je travaille déjà beaucoup de chez moi en temps normal. Ma famille, mes amis… ma vie sociale me manque mais la solitude ne me pèse pas. Parce que je la vois comme une parenthèse commune à tous. Pas comme un isolement personnel. Presque 4 semaines de confinement. Après tout, ce n’est rien à l’échelle d’une vie. Pour l’instant…
Avec Christophe nous sommes photographes, tous les deux indépendants. Tous les œufs dans le même panier et aucun filet… Quand va-t-elle éclater cette bulle ? En vrai, je ne vis pas tout au présent…
Je pense aux jardins, aux apparts trop petits, aux familles monoparentales, aux solitaires, aux exclu(e)s, à ceux.celles qui vivent dehors, qui n’ont rien ici ou très loin, aux personnes qu’on maltraitent, aux êtres qui meurent… et à ceux.celles qui œuvrent chaque jour pour qu’on puisse vivre heureux dans nos prisons dorées… Je culpabilise. Je culpabilise de ne rien faire, mais je ne fais rien. Rien pour les autres. Je suis dans le réel mais pas dans l’actuel. Je suis hors du temps. En décalage. Un décalage que j’aimerais comprendre aux travers des vos témoignages. Parce qu’on est différents mais qu’on vit une histoire commune. Aucun jugement, juste du ressenti. »

Violaine Rattin photographe Grenoble
christophe levet photographe grenoble

Christophe – photographe – Grenoble. takephotosandsayyeah.comwildbirdscollective.com
Mes ressentis sur le confinement, au 7 Avril 2020

« C’est un sentiment d’étrangeté qui m’envahit depuis le début de ce confinement. C’est étrange de se réveiller tous les matins et de devoir signer une attestation pour sortir Iggy, notre chien, dans une ville endormie, silencieuse, presque morte où chaque bruit infime est audible à plusieurs centaines de mètres. C’est étrange de devoir lire un e-mail de la maîtresse de notre fille pour commencer la journée. C’est étrange également ce nouveau concept : l’école c’est la maison, la maison c’est l’école. Je suis un peu paumé. C’est quand la récréation déjà ? Elle se trouve où la cantine ? J’ai faim c’est 10h seulement… C’est étrange de devoir travailler à mi-temps aussi. Car ma collègue de travail a 3 ans et les photographies de produits, c’est moins important que de dessiner Stella de la Pat’Patrouille. C’est étrange de devoir expliquer à sa fille que l’on ne peut pas aller voir ses copains à cause d’un virus mais qu’on peut leur faire coucou par la fenêtre quand ils passent en bas de chez nous. C’est étrange de prendre rdv pour un café, un apéro sur internet avec des ami(e)s. C’est étrange d’être dans l’immobilité alors qu’ailleurs dans les hôpitaux, c’est une course contre le temps qui est mené où chaque seconde compte. C’est étrange de devoir prendre du temps pour jouer aux Playmobil, se maquiller en tigre, fabriquer des jouets en papier, créer des aventures et voyager à quatre pattes dans notre salon comme si j’étais redevenu un enfant. C’est étrange de se dire que je suis entrain de sauver des vies tout en ne faisant rien de constructif, si ce n’est de m’occuper et d’éduquer ma fille. C’est étrange de ne plus voir ses parents, ses proches pour les protéger et se protéger. C’est étrange et attristant d’entendre chaque soir le décompte du nombre de morts journalier. C’est étrange de ne pas connaître encore la fin de cet épisode, et quoiqu’il arrive c’est déjà une période sombre dans l’histoire de l’Humanité. Je ne suis pas vraiment angoissé par tout cela, j’essaye de relativiser, de lutter contre ces mauvaises ondes et de patienter. Je me dis que jusqu’ici tout va bien autour de moi, mes proches ont la santé et moi également. C’est de la chance. Je sais que je ne suis pas à plaindre. J’espère juste un dénouement rapide comme tout le monde pour qu’il y est le moins de victimes possible. Et que ce qui est triste et étrange pour moi aujourd’hui, ne devienne pas une routine de plus en plus désagréable, un jour sans fin… »

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